La Bible est une large collection de récits. Plusieurs figures bibliques racontent ce qu’il leur est arrivé. Se raconter est une nécessité universelle. En particulier raconter ses difficultés. L’exemple de la rencontre entre Moïse et Jethro, beau-père, permet de dégager un principe : raconter ses difficultés, vital pour les leaders spirituels.
Moïse sortit à la rencontre de son beau-père. Il se prosterna et l’embrassa. Ils s’informèrent réciproquement de leur santé, puis ils entrèrent dans la tente de Moïse. Moïse raconta à son beau-père tout ce que l’Éternel avait fait au pharaon et à l’Égypte à cause d’Israël, toutes les difficultés qu’ils avaient rencontrées en chemin et la façon dont l’Eternel les avait délivrés. Jéthro se réjouit de tout le bien que l’Éternel avait fait à Israël en le délivrant de la main des Égyptiens. Il dit : « Béni soit l’Éternel, qui vous a délivrés de la main des Égyptiens et de celle du pharaon, qui a délivré le peuple de la main des Égyptiens ! Je reconnais maintenant que l’Éternel est plus grand que tous les dieux, puisque l’arrogance des Égyptiens est retombée sur eux.» Jéthro, le beau-père de Moïse, offrit à Dieu un holocauste et des sacrifices. Aaron et tous les anciens d’Israël vinrent participer à ce repas avec le beau-père de Moïse, en présence de Dieu. Exode 18 : 7-12 S21
Quand raconter ses difficultés devient impossible
Le ministère pastoral transforme ceux qui l’exercent en éponge à secrets. D’ailleurs, votre confidentialité valorise votre ministère. Malheureusement, vous finissez par connaitre les problèmes de ceux qu’on ne vont plus à l’Église, de ceux qui luttent contre des dépendances. Vous connaissez tant de dysfonctionnements, celui qui tombe dans la pornographie, celui ou celle qui ment. Etc. Il devient alors extrêmement difficile de partager vos propres luttes. Noyés dans tant de secrets, il vous devient difficile de trouver pas la force de partager les votre !
J’ai littéralement eu des périodes dans ma vie où j’ai oublié à quel point j’étais blessé par quelque chose, ou à quel point je me débattais avec un problème, simplement parce que j’étais étouffé par les secrets de tous les autres. Parfois, les pasteurs portent tellement de secrets que leurs propres secrets deviennent secondaires, et par conséquent réduits au silence, par les secrets des autres. Lamar Hardwick
Quand et à qui avez-vous raconté vos difficultés ?
N’enfouissez pas vos difficultés
Alors qu’il peut être tentant d’enfouir nos blessures, Paul montre l’exemple. Il a révélé au grand jour les difficultés rencontrées, causées par ceux que ont abandonné la foi, par ceux qui l’ont blessé ou laissé tomber ou trahi.
- Car Démas, amoureux du monde présent, m’a abandonné. 2 Tim 4 :10.
- Alexandre, m’a fait beaucoup de mal. 2 Tim 4 : 14.
- Tous ceux qui sont en Asie se sont détournés de moi. 2 Tim 1 : 15.
Raconter, est-ce important ?
Je suis convaincu que les leaders spirituels ont besoin de raconter ce qu’ils vivent, les joies, les bénédictions, mais surtout les difficultés, les combats rencontrés dans le ministère. Or qui est prêt à écouter vos difficultés, sinon un mentor ! Voici, pour mieux comprendre pourquoi et comment raconter à un mentor est si important, des extraits d’une étude parue dans Cairn.infos sous le titre : La construction de l’identité par le récit
Raconter pour se construire
La plupart de nos vies sont remplies de moments de paix, de bonheur, de sérénité. Mais elles sont aussi traversées de moments de souffrance ; qu’elle soit légère ou intense, la souffrance est vécue comme rupture et entrave à notre projet d’existence – cassure parfois minime, parfois dramatique. Dans ces derniers cas, la personne ne parvient plus à donner sens à ce qui lui arrive. […] Qui suis-je ? Croire en quoi ? Vivre pour quoi ? Que veux-je ? Quelle que soit leur acuité, ces questions surgissent, toutes renvoient à la question de l’identité. À cette question, Paul Ricœur affirme que nous ne pouvons répondre que par le récit de notre vie. En racontant notre vie ou des épisodes de celle-ci, nous en construisons ou reconstruisons la cohésion ; ce qu’il appelle notre identité narrative.
Raconter c’est regarder toute sa vie
Quel que soit l’événement raconté, c’est toute la vie qui se précipite dans le récit avec ses dimensions variées faites de ruptures, de déchirures et d’habitudes rigides, mais aussi d’un projet d’existence clair et conscient ou, au contraire, flou et plus ou moins obscur. Et, si petite soit l’anecdote racontée, c’est la globalité d’une vie qui se donne à apparaître et l’entièreté de celle-ci qui se construit.
Raconter l’oeuvre de Dieu
Évidement, raconter l’action et l’oeuvre de Dieu dans le ministère est indispensable, pour Lui donner toute la gloire ! Les exemples de célébration de l’action, de la fidélité, de la providence, de la bonté de Dieu sont innombrables dans la Bible. Notre attention est même attirée par la « méthode Jéthro » ! Il dresse un autel, offre des sacrifices, convoque les anciens d’Israël pour un banquet. C’est aussi ça le rôle d’un mentor : célébrer l’oeuvre que Dieu opère à travers son mentoré. Voilà pourquoi raconter ce que le leader spirituel a vécu de positif à un mentor est vital. Le mentor est le mieux placé pour aider à gérer le succès. Savez-vous à qui raconter vos succès, les interventions de Dieu dans votre ministère de leader spirituel ? Mais « Moïse raconta à son beau-père tout ce que l’Éternel avait fait au pharaon et à l’Égypte à cause d’Israël, toutes les difficultés qu’ils avaient rencontrées en chemin… »
Raconter ses difficultés
Raconter ses difficultés est vital, primordial. Le rôle d’un mentor est d’aider à gérer les échecs et les difficultés. Mais il c’est aussi d’écouter son mentoré raconter ses difficultés, dans une véritable écoute, sans jugement et avec bienveillance. Parce que personne n’aime parler de son péché, des problèmes rencontrés avec telle ou telle personne, ou avec son conjoint ! Je me souviens parfaitement d’un appel téléphonique. J’étais en voiture, je me suis arrêté sur un parking et un mentoré m’a confessé qu’il avait été à deux doigts de commettre l’adultère. Sans doute très difficile, pour lui, mais aussi pour moi. Je ne peux passer devant ce parking sans me repenser à cet appel !
En parfaite confidentialité bien entendu !
Comme l’on dit : Cela va sans dire…. mais ça va encore mieux en le disant ! Vous ne pourrez partager vos difficultés que sous le sceau de la confidentialité. Et votre mentor le sait parfaitement. Vous avez besoin de :
- Converstations sûres
- Avec des personnes sûres
- Dans un lieu sûr
Lisez à ce propos cet article : Quelques règles pratiques à propos du mentorat.
« Avoir des conversations ouvertes avec d’autres personnes est inestimable pour la santé mentale. Cela apporte un soutien émotionnel, des perspectives diverses, une validation, des stratégies d’adaptation et aide à faire tomber les barrières associées à la santé mentale ». Stacey Neal, psychiatre
Pour aller plus loin :
Un mentor… pour se raconter et se construire !
L’écoute spirituelle, clé du mentorat spirituel
