Pour un usage dépassionné du mot « leader » !

Je suis impressionné par l’engouement ,souvent passionné, parfois acerbe, sur les réseaux sociaux à condamner mot leader. Ce n’est pourtant pas un gros mot ! Est-ce son origine anglo-saxonne ? Mais de quoi parle-t-on ? De comportements dysfonctionnels de certains responsables dans les églises ou les oeuvres chrétiennes ? Comme si on allait régler de vrais problèmes en réglant leur compte aux mots ! Comme souvent, leader est un mot valise. Chacun y met ce qu’il veut y entendre ou croit y discerner. Je vais tenter de vous donner envie de ne plus tirer sur le mot leader.

Définition

Le dictionnaire Larousse donne cette définition :

1. Personne qui est à la tête d’un parti politique, d’un mouvement, d’un syndicat. 

2. Personne qui, à l’intérieur d’un groupe, prend la plupart des initiatives, mène les autres membres du groupe, détient le commandement. Synonyme : meneur. Larousse

Faudrait-il parler de dirigeant plutôt que de leader ? Les pasteurs, les enseignants, les anciens sont des dirigeants. Le mot dirigeant ne semble pas être plus adapté, du moins à la culture française.

« Leader » d’après Clinton

Dans le contexte biblique, le leader est une personne qui possède une capacité reçue de Dieu, qui assume une responsabilité confiée par Dieu et influence un groupe spécifique du peuple de Dieu, pour que celui-ci atteigne les objectifs de Dieu pour ce groupe.

« Leadership » d’après Clinton

Rôle de celui qui, à l’intérieur d’un groupe, a la capacité de prendre des initiatives, d’avoir de l’influence sur les autres, qui manifeste des aptitudes à la direction, dans la perspective que d’autres soient à leur tour pareillement équipés, selon le modèle de Jésus-Christ.

Ces deux définitions sont à l’opposé de ce que certains croient entendre dans le mot leader. Elles soulignent que le leadership est une compétence reçue de Dieu, au service du plan de Dieu. Dieu qualifie, donne des personnes, c’est le sens de :

C’est lui qui a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme bergers et enseignants. Il l’a fait pour former les saints aux tâches du service en vue de l’édification du corps de Christ,

Eph 4 : 11 et 12

Retrouvez ces définitions, le bon usage du mot « leader » et l’importance du leadership dans l’Eglise et le Royaume : lisez La croissance du leader : Bobby Clinton

Pourquoi cette allergie ? 

Vous avez croisé, subi, l’autorité d’un responsable, d’un pasteur, dysfonctionnel ? Vous redoutez les leaders abusifs, imprévisibles, passifs, dominateurs, mutiques, manipulateurs, gourous, inconstants, stressants, stressés… Vous avez raison !

Lisez cet article : Portrait robot du leader dysfonctionnel

Et Jésus à été clair avec ses disciples. Se référant aux dirigeants du monde il leur a dit : 

 Il n’en sera pas ainsi parmi vous !  

Matthieu 20 : 26.

Alors, forcément nous devons puiser notre pratique du leadership dans l’exemple de Jésus-Christ et les valeurs du Royaume de Dieu.

Le leader sain 

Au lieu d’être imprévisible un leader sain a un plan, une vision. Il sait donner la direction. Il travaille constamment sur la vision. Il aligne l’orientation de l’église du groupe de jeunes, sur les valeurs de l’Évangile. Il fait ce qu’il dit et ce qu’il croit. Au lieu d’être dominateur, le leader sain est à l’écoute. Le leader sain collabore, obtient l’adhésion de son équipe à la vision. Les opinions et les idées de chaque membre comptent. Il donne du crédit aux autres. Il crée un état d’esprit d’appropriation chez ceux qui font partie de l’équipe. Un leader sain est transparent plutôt que secret. Il fait confiance à son équipe et est lui-même digne de confiance. Il accorde sa confiance aux autres, mais ne l’exige jamais en retour. 

Le leader qui multiplie 

Le leader sain produit d’autres leaders. L’objectif d’un leader responsabilisant n’est pas de produire des suiveurs, mais d’autres leaders. Un leader responsabilisant fait tout ce que fait un leader sain. Il planifie, écoute et il sert, il est transparent et actif, il s’intéresse avant tout aux membres de l’organisation. L’objectif d’un leader qui multiplie est de donner des responsabilités, de permettre aux autres de faire plus. Il cède l’autorité. Il équipe les autres et leur donne des responsabilités de plus en plus importantes. 

Diriger comme Jésus

Jésus est la personne la plus responsabilisante. Il ne rabaisse jamais. Il ne fait jamais preuve de condescendance et ne déshonore jamais les personnes. Il valorise chacun. En présence de Jésus, vous devenez un meilleur leader. Jésus croit en vous plus que vous ne croyez en vous-même. Il vous donne la responsabilité de prendre des décisions et la liberté de mettre vos idées en pratique. Jésus vous laisse faire des erreurs et grandir sans vous condamner ni vous faire honte. Il voit le positif en vous. C’est pourquoi les gens voulaient être près de lui et pourquoi son leadership a été si efficace.

Leader positionnel

C’est ce que nous ne voulons pas voir. Le leader positionnel est celui qui entend faire avancer les choses parce qui parce qu’il est le « pasteur » le « directeur ». Il exige que son titre, sa position soient reconnues. Et il fait avancer les choses depuis sa position, son « trône ». Aussi il contrôle et garde la mainmise sur tout. Les gens font souvent ce que vous dites si vous êtes le patron. Toute critique, tout remarque est mal vécue, puisque comprise par le leader positionnel comme une menace pour sa position. Il est souvent craint et redouté, distant. Force est de constater que la loyauté et l’influence ne viennent pas avec un titre de poste.

Leadership fonctionnel

Le leader fonctionnel fait avancer les choses sans référence sans invoquer son titre. Il inspire le respect et la confiance de ceux qu’il entoure. Le leader fonctionnel n’hésite pas un pas supplémentaire pour vous accompagner.  Le leader fonctionnel a de l’influence sur les autres parce qu’il les respecte et leur fait confiance. Lorsqu’il demande que quelque chose soit fait, la tâche peut être accomplie au-delà de ce qui était demandé. Parce que la personne qui la exécutée est motivée pour de bonnes raisons. Lorsqu’une personne est motivée et travaille parce qu’elle y croit, elle sera toujours plus performante. Je pense que Jésus voulait précisément inciter ses disciples à être des leaders fonctionnels !

Ce que Jésus dit

Certains textes sont invoqués pour réfuter l’appropriation du titre leader. Un internaute utilisait Matthieu 23 : 8 et précisait : – Ne vous faites pas appel leader, point barre ! Qu’à vraiment voulu dire Jésus ? Ces versets ont, dans leur contexte, peut-être un sens différent ou pour le moins, plus nuancé que celui que lui confèrent ceux qui réagissent avec tant de certitude !

Observez plutôt :

Mais vous, ne vous faites pas appeler maîtres, car un seul est votre maître, [c’est le Christ,] et vous êtes tous frères. 9 N’appelez personne sur la terre votre père, car un seul est votre Père, c’est celui qui est au ciel. 10 Ne vous faites pas appeler chefs, car un seul est votre chef, c’est le Christ. 11 Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.

Matt 23 : 8 à 11

 Matthieu 23 : 8 

Jésus a interdit à ses disciples de rechercher de tels titres de distinction. Ils étaient sur un pied d’égalité ; ils devaient être égaux en autorité ; ils étaient frères ; et ils ne devaient ni convoiter ni recevoir un titre qui impliquait une élévation de l’un au-dessus de l’autre, ou qui semblait porter atteinte au droit absolu du Sauveur d’être leur seul Maître et Maître. L’ordre donné ici est un ordre exprès à ses disciples de ne pas recevoir un tel titre de distinction. Ils ne devaient pas le convoiter. Ils ne devaient pas le rechercher. Ils ne devaient rien faire qui implique un désir ou une volonté qui soit apposé à leur nom. […] Le Sauveur n’a pas interdit qu’ils donnent ce titre à d’autres lorsque cela était habituel ou n’était pas considéré comme inconvenant (voir Actes 26:25), mais ils ne devaient pas le recevoir. Il devait être inconnu parmi eux. Barnes

Barnes

Mais ne vous faites pas appeler Rabbi,…. N’ayez pas l’ambition d’un tel titre, n’y tenez pas, ne le portez pas, ne vous en réjouissez pas s’il vous est donné ; ne vous considérez pas comme des hommes de pouvoir et d’autorité sur les autres, comme ayant la domination sur la foi des hommes, le pouvoir de faire des lois pour les autres, de les imposer d’une manière magistrale, et de lier et délier les consciences des hommes à volonté, comme le font ces hommes.

Gill’s exposition en anglais

Et Matthieu 23 : 10

Ne vous faites pas appeler maîtres – C’est-à-dire chefs, guides, car tel est le sens littéral du mot. Il désigne ceux qui précèdent les autres ; qui revendiquent donc le droit de diriger et de contrôler les autres. C’était également un titre conféré aux enseignants juifs. Aucun de ces commandements ne nous interdit de donner aux hommes les titres appropriés de la fonction publique, ou de leur rendre l’honneur qui appartient à leur poste, Matthieu 22:21 ; Romains 13:7 ; 1 Pierre 2:17. Ils interdisent aux disciples de Jésus de rechercher ou de recevoir de simples titres vides, produisant des distinctions entre eux, impliquant une autorité pour contrôler les opinions et la conduite des autres, et prétendant que les autres doivent les reconnaître comme supérieurs à eux.

Barnes en anglais

Ne vous faites pas appeler maîtres,…. Ou guides et chefs ; non seulement cela, mais les ministres de la parole sont en un sens tels ; c’est l’affaire des ministres de la Parole de conduire et de diriger les âmes vers Christ, de guider leurs pieds dans le chemin de la paix, et de les précéder, comme des exemples, en parole, en conversation, en foi et en pureté ; mais alors ils doivent les guider selon la parole de Dieu, et non selon leurs propres dictats ; Ils doivent leur apprendre à observer les règles et à obéir aux ordonnances du Christ, et non à celles qu’ils ont inventées et prescrites eux-mêmes ; ils doivent faire respecter l’autorité de leur grand Seigneur et Maître, et non la leur ; ils doivent amener les hommes à dépendre du Christ, comme chef de l’Église, qui est le seul Seigneur, comme sa foi est une, et son baptême aussi. 

Gill’s Exposition en anglais

Luther 

Le commentaire de Calvin sur ce verset : « Christ ne s’arrête point à exposer en détail de quel titre sont appelés ceux qui ont charge d’enseigner, mais il veut les faire demeurer au-dedans de leurs limites, afin qu’ils ne dominent pas sur la foi des frères. […] Le vrai sens est donc que l’honneur et le titre de Père est faussement attribué aux hommes, quand cela obscurcit la gloire de Dieu. Ce qui arrive quand l’homme mortel est reconnu père sans avoir égard à Dieu. » Autrement dit, Jésus condamne l’orgueil et la prétention, et non les titres en tant que tels.

Jean-Philippe Bru 

Pour aller plus loin : une excellent ressource !

Je ne saurais trop vous recommander cet ouvrage qui vient de paraître aux Éditions CLÉ. Son titre est sans ambiguïté : Un leader serviteur. Outil de formation pour les anciens, il sera utile à d’autres qui exercent d’autres responsabilités. 10 leçons avec des exercices personnels pertinents pour évaluer votre propre leadership.Comme « votre caractère » page 111, ou « l’exercice des disciplines spirituelles » page 97. 

Editions CLÉ

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