Le silence, un gros mot !

Lors d’un séminaire évangélique, j’ai souligné l’importance du silence comme discipline spirituelle. Et comment et pourquoi le silence se différencie de la méditation. J’expliquais qu’il s’oppose, d’une certaine façon, à une spiritualité marquée, et parfois déformée, par l’importance du « faire ». Celui-ci imprègne, trop souvent notre leadership quand il ne l’inspire pas. Après mon exposé, un pasteur en réaction, m’a déclaré : 

  • Le silence ? D’abord il n’y a aucun verset qui parle du silence dans la Bible ! 

Je suis resté sans voix. 

Lors d’une pastorale, sur le thème du mentorat,  j’ai à nouveau évoqué la nécessité du silence. Un pasteur m’a aussitôt coupé en disant : 

  • Non ! Nous ne devons pas faire le vide, ce n’est pas biblique !  

Je n’avais pas employé le mot vide pourtant. J’ai vécu d’autres situations semblables.

Avons-nous peur du silence ?

Dans nos conversations ? Dans nos cultes ? Est-ce pour cela que la musique est continue ? beaucoup sont mal à l’aise quand le silence s’installe. Blaise Pascal avait déjà discerné notre difficulté, bien avant l’avènement de toute la technologie bruyante qui est la nôtre :

Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.

Dennis Gira écrit : 

Ceux qui se réfugient dans le bruit « extérieur » ne le font-ils pas parce qu’ils savent, au fond d’eux-mêmes, que ce bruit-là, plus ou moins supportable, les protège du contact avec le bruit « intérieur », infiniment plus menaçant et difficile à contrôler ? Toute tradition spirituelle digne de ce nom propose à l’homme les moyens de faire taire aussi, et surtout, ce bruit intérieur qui sépare l’homme de ce qui est le plus profond en lui. 

https://www.cairn.info/revue-etudes-2007-3-page-371.htm

Quel silence ?

Le plus souvent quand nous disons que nous avons besoin de silence, nous imaginons un moment un endroit où personne ne viendra nous déranger. Où nous pourrons laisser aller nos pensées, nous apitoyer sur nous-même, faire ce que bon nous semble. Pour nous la solitude signifie le plus souvent « espace privé ». 

Nous avons acquis la conviction douteuse que nous avons tous droit à cet espace. La solitude prend ainsi une apparence de propriété spirituelle que nous disputons sur le marché des biens spirituels.

H. Nouwen Le chemin du désert page 25 & 26

Pour écouter

Quand nous parlons de silence, nous ne parlons pas de faire le vide. Ce n’est pas le silence pour le silence. Comme but en soi. Ce n’est pas le silence de l’indifférence ou le silence d’un corps épuisé. Quand nous employons le mot silence, il s’agit d’un silence pour écouter Dieu. De développer  un esprit de réceptivité et d’accueil de la Parole de Dieu. Ce silence est défini et habité, non par le vide, mais au contraire par la présence de Dieu. Lorsque nous sommes entourés de bruit et de l’activité, nous avons souvent l’esprit dissipé, écartelé entre les voix qui nous entourent. Nous avons du mal à être présents à Dieu.  Nous ne pouvons pas écouter une personne si nous parlons sans cesse. Alors, pour écouter, entendre ce que Dieu a à nous dire, nous avons besoin de silence. Et ce silence est plus facile à trouver dans la solitude.

Le silence n’est pas un but en soi. Il est le moyen nécessaire pour nous poser devant Dieu, lui ouvrir notre être profond afin de mieux entendre ce qu’il désire nous dire à travers sa Parole. Il est aussi nécessaire pour laisser cette parole entendue, descendre en nous, se décanter, s’incarner en nous. Ainsi, le silence est au service de la Parole.

Linda Oyer

La Bible invite au silence

Dans l’Ancien Testament

L’Éternel, lui, est dans son saint temple. Que toute la terre fasse silence devant lui ! Habakuk 2 : 20

Moïse, assisté des prêtres-lévites, s’adresse encore à tout Israël en disant : Moïse et les sacrificateurs-Lévites parlèrent à tout Israël, en ces termes: Israël, fais silence et écoute! Aujourd’hui, tu es devenu le peuple de l’Éternel, ton Dieu. Tu obéiras à la voix de l’Éternel, ton Dieu, et tu mettras en pratique ses commandements et ses prescriptions que je te donne aujourd’hui.

Deut 27 : 9 & 10  

Dieu répète inlassablement à Son peuple, presque comme une litanie :

Écoute Israël !

Deut 4.1 ; 5.1 ; 6. 3, 4 ; 9.1 ; 27.9.

Dans la plupart des occurrences citées, le mot hébreux utiliser est “shema” pour écouter entendre. Mais aussi pour obéir. Visionner cette courte vidéo qui explique cela parfaitement.

Dans le Nouveau Testamenth

Jésus lui aussi met l’accent sur l’indispensable l’écoute :

Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende…

Mat 11.5 ; 13.9 ; Marc 4.9, 23 ; Luc 8.8 ; 14.35. 

Prêter l’oreille et… obéir

Dans  Deut 6 :3  27 : 9, le verbe hébreux ‘azan, est traduit par prêtez l’oreille, ou entendre, écouter… Quand vous voulez prêter l’oreille pour entendre un chant d’oiseau, en forêt par exemple, il vous faut le silence, n’est-ce pas ?  Saviez-vous que l’étymologie du verbe obéir est précisément prêter l’oreille ? Obéir ou “obaudire” Composé du préfixe latin “ob” et “audio” (verbe latin “audire”) http://sites.google.com/site/etymologielatingrec/home/o/obeir

Le silence, pour écouter et obéir ? Quelle belle proposition, quelle belle discipline !

Conclusion :

Que pensez-vous que Jésus nous dise à propos du silence quand il donne cette directive ?

 Mais toi, quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra ? 

Matt 6 : 6

Il y a trois voies [voix ?] par lesquelles Dieu atteint nos cœurs : l’amour, la souffrance et le silence. Si nous lui donnons un accès complet à ces endroits profonds en nous, la créativité et les semences que Dieu à plantées en nous, s’épanouissent. 

Peter Scazzero 

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