Façonné par la souffrance

Souffrance et mentorat spirituel

Je participe à un Forum des évangélistes en Suisse. Je prends du temps avec les jeunes du Réseau des évangélistes émergents R2E, dont je suis le mentor pour les deux années de ce programme de formation. Un jeune leader brillant, pertinent, dont le ministère est aujourd’hui bien connu m’apostrophe : – Alain je vois bien ce que c’est que ton mentorat : mon gars par-ci… mon gars par là ! En fait c’est du paternalisme. D’abord c’est quoi ta légitimité pour être mentor ?

Je suis sidéré. Et profondément touché. Je veille et me défend de tout paternalisme, cette forme de leadership dysfonctionnel. Sa remarque me perturbe. Avant même de réfléchir ma réponse fuse : – Ma légitimité pour être mentor ? Ce sont mes vingt années d’épreuve et de souffrance !

Vingt ans d’épreuve

Ma première épouse a été atteinte de sclérose-en-plaques, durant 20 ans. Les dix premières années nous avons pu la soigner à la maison, les dix années suivantes elle a été hospitalisée en long séjour. Un épreuve pour mon épouse, mais également pour moi.

C’est durant cette épreuve que j’ai appris les leçons les plus importantes, les plus profondes de ma vie spirituelle. Elle m’a forgé, brisé, mis à nu, malgré moi. Elle ma révélé ma dépravation, mais aussi l’amour incommensurable de Dieu pour moi. La valeur de l’oeuvre de Jésus qui couvre tous nos péchés, nos manquements, et nous purifie pour que nous lui ressemblions de plus en plus. Mon intimité avec le Père s’est façonnée dans ces circonstances rudes. Je suis profondément d’accord avec John Stott :

La souffrance fait partie du processus de Dieu pour nous rendre semblables à Christ.

John Stott

Peter Scazzero ajoute pour sa part :

Les plus grandes leçons spirituelles résultent de nos échecs [ou souffrances] et sont souvent apprises au travers de décennies. D’après P. Scazzero 

D’après P. Scazzero

L’exemple suprême 

Souvenons-nous que Jésus lui-même a traversé la souffrance, qu’il est notre modèle et notre salut :

Ainsi, bien qu’étant Fils, il a appris l’obéissance par ce qu’il a souffert. Et parfaitement qualifié, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent l’auteur d’un salut éternel.

Héb 5 : 8

L’expérience de Paul

Je lisais ce matin l’introduction d’Antoine Nouis à la seconde épître aux Corinthiens dans son ouvrage :

Cette épitre est la plus personnelle de Paul. Lorsqu’il parle des épreuves qu’il a traversées, nous découvrons des épisodes que les Actes ne relatent pas : souvent en danger de mort: cinq fois, j’ai reçu des Juifs quarante coups moins un, trois fois j’ai été frappé à coups de bâton, une fois j’ai été lapidé, trois fois j’ai fait naufrage ; j’ai passé un jour et une nuit dans les abysses (2 Co 11.24-25). Habituellement, l’apôtre est pudique sur ses épreuves, car il ne veut pas se mettre en avant afin de tout concentrer sur le Christ. Comme il le dit dans la première lettre aux Corinthiens, il se considère comme le moindre des apôtres (1 Co 15.9). […]

Ibid page 1111

À ceux qui se vantent d’expériences spirituelles fortes, il répond par l’expérience d’une prière qui n’a pas été exaucée, mais au sein de laquelle il a reçu une simple parole du Seigneur : Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse (2 Co 12.9).

Ibid

Jacques et la souffrance

Mes frères et sœurs, considérez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves auxquelles vous pouvez être exposés, sachant que la mise à l’épreuve de votre foi produit la persévérance. Mais il faut que la persévérance accomplisse parfaitement sa tâche afin que vous soyez parfaitement qualifiés, sans défaut, et qu’il ne vous manque rien. Si l’un de vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans faire de reproche, et elle lui sera donnée.

Jacques 1 : 2-5

Jacques ne dit pas que nous devons nous réjouir de nos souffrances, de nos épreuves et de l’adversité, comme si elles étaient de bonnes choses en elles-mêmes. Peut-être avez-vous perdu un être cher. Été victime d’un grâce accident, comme un ami évangéliste récemment. Ou bien votre conjoint souffre ou l’un de vos enfants. Perte d’un emploi, relations qui échouent, projets qui n’aboutissent pas… pas de quoi se réjouir !

Ce que dit Jacques c’est que Dieu, dans son amour, sa puissance et son omniscience est capable d’utiliser les épreuves et les adversités que traversons pour notre bien. Nous former à l’image de Christ. Notre bien n’est pas obtenir de meilleures circonstances de vie. Notre bien est la transformation totale, radicale et absolue de notre caractère et de notre personnalité en personnes mûres, justes, intègres et remplies de joie. Rien de moins que la métamorphose de notre cœur et de notre volonté pour qu’ils soient semblables à ceux du Christ. Ce n’est qu’alors que nous serons complets, parfaits et ne manquerons de rien, car nous serons tels que Dieu nous a voulus et créés.

La formation spirituelle 

La formation spirituelle est le processus par lequel Dieu, par sa grâce, élargit notre capacité à être intime avec lui. L’épreuve et l’adversité nous pousse dans nos retranchements et nous obligent à cette intimité avec Dieu. Or nous devons être des personnes dont les affections ont été réorientées pour se délecter de ce qui est vraiment bon, pur, majestueux, saint et beau. Ce n’est qu’alors que nous serons complets et parfaits et que nous ne manquerons de rien, car nous aurons tout ce pour quoi nous sommes faits.

Ce qu’attendent les mentorés

Ceux qui ont choisi un mentor désirent voir en lui – ou en elle- une personnalité en acier trempé. Qui aurait triomphé de tout. Atteinte par rien ! Au contraire : ils veulent voir l’incarnation que comme Paul, la puissance de Dieu s’accomplit dans la faiblesse les épreuves, l’adversité. Ils veulent voir qu’il est possible de traverser la fournaise sans sentir le cramé ! Il est dit de Shadrak, de Méshak et d’Abed-Nego :

ils ne sentaient même pas le feu.

Daniel 3 : 27 b

La réponse de Dieu pour moi..

J’avoue avoir été déstabilisé par la remarque de ce leader, remarquable, par ailleurs. Et même découragé… Mais Dieu dans sa bonté, et non sans humour, m’a rétablit dans les instants qui ont suivi. J’ai eu un entretien avec un jeune leader, nous avons prié ensemble, puis celui-ci m’a dit : – Alain : je te remercie pour ton mentorat paternel ! Ce jeune homme a grandit à l’ombre d’un père gravement dysfonctionnel. Paternel ? Oui, cheveux blancs, âgé, je peux être un figure paternelle pour certains. Je précise bien : pour certains. Mais en tout cas pas paternaliste ! Merci Seigneur pour ton encouragement.

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