Leadership et caractère : indissociables !

Une valeur ancienne

Le leadership est aussi vieux que l’humanité, tout comme l’importance du caractère honorable chez les leaders. Les idéaux romains et grecs du leadership dans l’Antiquité mettent l’accent sur la vertu. On croyait que le chef idéal était l’homme qui incarnait les vertus les plus admirées du peuple. […] Pendant des siècles, ce modèle du “caractère public” dans le domaine du leadership a été efficace, même très efficace. Cependant, il ne l’est plus. Les scandales, les crises et le fardeau de l’histoire ont révélé les fissures dans les statues de ceux qui ne vivaient la vertu que devant les autres. Nous recherchons désormais des leaders qui sont plus que des personnages publics. Nous voulons des personnes intègres dont le mode de vie est conforme en tous points à leurs convictions.

Qu’est-ce que le caractère ?

 La difficulté derrière la question du caractère est liée au fait que nous n’avons aucun concept commun pour définir le caractère. Le sociologue James Davison Hunter de l’Université de Virginie explique que les Américains demandent à leur dirigeants d’avoir un caractère intègre, mais le concept en soi manque  de contenu, c’est-à-dire que nous n’avons pas de norme reconnue de façon générale qui nous permettrait de l’évaluer. Il soutient que l’influence des approches psychologiques sur la culture américaine a été telle que le caractère moral est devenu subjectif. À défaut d’une idée claire sur le caractère, la plupart des Américains se contentent d’espérer le meilleur. Comme l’explique Hunter : 

Nous croyons que le caractère est important, car sans caractère, la confiance, la justice, la liberté, la communauté et la stabilité seraient probablement impossibles.

Davidson Hunter, Character above all Ed R. Wilson Page 202

Toutefois, si nous réduisons le caractère à un mot dépourvu de sens qu’on utilise seulement pour évoquer des sentiments positifs, nous ne risquons pas de trouver l’authenticité dans ceux qui dirigent ni dans ceux qui suivent. La réflexion suivante du sociologue peut servir de piste afin de cerner la raison pour laquelle la confusion morale ne mène nulle part

Nous voulons du caractère, mais sans conviction ferme; nous voulons une moralité profonde, mais sans le fardeau émotionnel de la culpabilité ou de la honte ; nous voulons la vertu, mais sans justifications morales particulières qui offensent presque toujours ; nous voulons le bien sans avoir à mentionner le mal ; nous voulons un comportement décent sans l’autorité morale pour le prôner; nous voulons une communauté morale, mais sans aucune limitation sur le plan de la liberté personnelle. Bref, nous voulons ce que nous ne pouvons obtenir à notre manière.

Ibid

Le caractère chrétien

[…] En tant que disciples de Christ, nous savons qu’il n’y a aucune raison légitime à vivre nos vies privées et publiques d’après des standards moraux différents. Nous savons pertinemment que la moralité à laquelle nous sommes redevables ne vient pas de nous, mais de la Parole de Dieu.

Car il est tel que sont les arrière-pensées de son âme.

Proverbes 23.7 

La Bible révèle que le caractère correspond à l’état de notre coeur. 

L’Ancien Testament contient les lois d’après lesquelles Israël devait forger son caractère, et le Nouveau Testament présente l’Église comme une communauté de formation du caractère. Jésus a dit à ses disciples qu’ils devaient être des témoins visibles au point que leur caractère intègre serait si apparent que tous glorifieraient Dieu.

C’est vous qui êtes la lumière du monde. Une ville située, sur une montagne ne put être cachée. On n’allume pas une lampe pour la mettre Sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. Que vote lumière brille ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos œuvres bonnes, et glorifient vote Père qui est dans les cieux.

Matthieu 5.14-16

En tant que membres d’une communauté de formation du caractère, les chrétiens doivent refléter les engagements moraux auxquels ils sont appelés. Comme Jésus l’a précisé, la crédibilité morale de l’Évangile repose sur ceux qui ont été transformés par la grâce et la miséricorde de Dieu, et qui le manifestent dans tous les aspects de leur vie. Au sein de l’Église, le leadership appartient à ceux dont la lumière brille avec intégrité et puissance. 

Le théologien Stanley Hauerwas soulève, avec raison, la notion qu’aux yeux du monde, l’existence de l’Église communauté en tant que formation du caractère est ce qui la distingue. L’Église doit vivre selon la Parole de Dieu et l’Évangile d’une manière à rendre les autres perplexes sur sa manière de vivre. Pourquoi s’aiment-ils les uns les autres ? Pourquoi sont-ils si généreux ? Pourquoi persévèrent-ils dans leur mariage ? Pourquoi vivent-ils de manière si consciencieuse ? 

La crédibilité morale de l’Évangile repose sur ceux qui ont été transformés par la grâce et la miséricorde de Dieu, et qui le manifestent dans tous les aspects de leur vie.

Albert Mohler

Incarner l’Évangile

Un leader efficace sait que les exemples de caractère sont d’abord incarnés par ceux qui sont à la tête de l’organisation. Ceux que nous dirigeons s’attendent à ce que nous vivions et dirigions conformément à nos convictions. Ils ne se satisfont pas d’un caractère qui n’est que public ou un simulacre de qui nous sommes vraiment. Ils ont faim et soif d’un leadership intègre et de leaders intègres. Ils ont vu où mène le leadership sans

et ils n’en veulent pas. Lorsque nous affirmons nos convictions, nous devons les vivre en public et en privé. Elles son primordiales, et le caractère est le produit de ces convictions. Sinon, disons adieu à notre leadership. La conformité aux convictions signifie-t-elle que le leader doit être parfait ? Heureusement, non. Quelle est donc la norme ?

De grands exemples 

Martin Luther, le grand réformateur de l’Eglise du 16eme siècle, avait une conscience aiguë de ses péchés, même après son salut. Il savait qu’il était un grand pécheur qui avait besoin d’un grand sauveur, et il a trouvé le salut et le pardon en Jésus-Christ. Il est devenu un défenseur de l’Évangile audacieux, courageux et brillant. À la tête de la réforme de l’Église, il a transformé l’Allemagne, a traduit la Bible dans un allemand courant, a enseigné des pasteurs, a prêché régulièrement et était, selon nos critères, un véritable bourreau de travail. Cependant, puisqu’il était très conscient de la grâce et de la miséricorde de Dieu en Christ, il était troublé par ses propres péchés. Audacieux le jour, il lui arrivait, par contre, d’être craintif la nuit. Il était un véritable prophète derrière la chair, mais pouvait se montrer irritable en compagnie de ses amis les plus proches. Bien qu’il eût incontestablement confiance dans la vérité de ‘Évangile, il se sentait de temps à autre tiraillé par le doute. Luther en est arrivé à l’une des conclusions les plus importantes liées à la vie chrétienne. Il avance que les chrétiens sont des pécheurs justifiés, mais toujours pécheurs. Nous sommes sauvés, mais nous luttons contre le péché, encore pour un temps seulement, car, un jour, nous serons glorifiés. Persévérons.

Le leader responsable de sa marche. 

Nous ne sommes pas parfaits, et affirmer le contraire ne ferait que nuire à notre leadership. Nous échouerons, à coup sûr, et nous devrons répondre de nos échecs. Habituellement, nos péchés se manifestent assez rapidement dans notre leadership. Le caractère est indispensable à la crédibilité, et celle-ci est indispensable au leadership. Cependant, tous les leaders doivent être bien avertis que certains péchés et scandales peuvent mettre fin à leur leadership. Nous pouvons abandonner notre rôle de leader, tout comme la responsabilité du leadership peut nous être enlevée. Lorsque notre vie semble ne pas correspondre à nos convictions, nous détruisons tout ce que nous avons cherché à construire ou, à tout le moins, notre incohérence en poussera d’autres à leur propre incohérence. Pire encore, échouer sur le plan de la morale et des convictions est un désastre dont le leader ne peut se remettre.

Comme n’importe quel autre pécheur…

… le leader peut être pardonné. Cependant, le pardon ne rétablira pas sa crédibilité. Considérons le caractère comme quelque chose de beaucoup plus facile à perdre qu’à gagner. Le restaurer n’est pas chose facile. Les leaders d’un caractère intègre produisent des organisations intègres, car le caractère, tout comme les convictions, est contagieux. Les partisans sont attirés vers les personnes dont le caractère les séduit au point qu’ils veulent l’imiter. Assez régulièrement, nous regardons des débats dans la vie publique sur l’importance du caractère en leadership et plupart sont futiles et insensés. Nous savons pourtant que est important au moment d’embaucher une gardienne d’enfants. Comment ne le serait-il pas lorsqu’il s’agit d’engager un leader ?

Extrait de “La conviction de diriger” Albert Mohler

Pages 79 à 86

Avec l’aimable autorisation des ÉDITIONS PUBLICATIONS CHRÉTIENNES

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