Moi mentor ? Si vous me connaissiez !

Il y a quelques années, lors d’un Forum des évangélistes en Suisse, j’ai entendu cette conversation entre un évangéliste, déjà bien confirmé  – appelons le Bernard, il a fait de belles preuves depuis – et un jeune évangéliste :

  • Bernard j’aimerais que tu sois mon mentor !
  • Oh si tu savais qui je suis, tu ne me demanderais ça ! a répondu Bernard !

J’ai été attristé par cette réponse et je suis convaincu que c’était une vraie occasion manquée ! Quels malentendus révèle un refus argumenté par ce : si tu me connaissais !

Plus grand pécheur 

Que craignait Bernard ? D’être dévoilé comme pécheur ? Quel dommage et quelle ambiguïté. Si vous savez que vous êtes un pécheur pardonné, alors vous êtes qualifié pour être mentor spirituel ! L’exemple de Paul est incontournable. Vous n’ignorez pas qu’au début de son ministère Paul se définissait comme le moindre des apôtres.  

En effet, je suis le plus petit des apôtres et je ne mérite même pas d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Eglise de Dieu.

1 Cor 15 : 9.

À la fin de son ministère Paul est d’une grande lucidité, 

Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver des pécheurs. Je suis moi-même le premier

1 Tim : 1 : 15

Donc se savoir pécheur n’est pas une disqualification pour être mentor.  Paul, assurément ne le pensait pas, alors même qu’il insite à plusieurs reprises : 

Je vous en supplie donc: soyez mes imitateurs.

1 : Cor 4 : 16

Avoir fait ses preuves ?

Bernard redoutait-il de ne pas avoir fait ses preuves ? Faut-il avoir construit un empire pour être qualifié pour être mentor ? Il est vrai qu’aujourd’hui on s’attend bien plus volontiers sur les résultats que sur la sanctification des leaders spirituels. Voici une excellente remarque d’un leader indien :

 Il y a 54 ans, lorsque je suis venu au Christ, l’évangélisme était axé sur les croisades d’évangélisation, la sanctification personnelle et la vie sainte.  Les conventions de Keswick et les réunions de la Sainteté étaient aussi importantes que les campagnes d’évangélisation. A.W Tozer, Isobel Kuhn et Borden de Yale étaient mon régime spirituel.  Je n’étais pas jugé principalement sur le nombre de personnes amenées à Christ, d’églises implantées, d’expériences miraculeuses et de démonstrations de puissance spirituelle.

Plus tard, des experts en gestion chrétiens, se sont introduits dans l’évangélisme et ont été autorisés à le façonner pour se concentrer sur la stratégie, les résultats, les chiffres, l’impact, etc. 

Je reconnais que tous ces éléments sont nécessaires, mais ils n’auraient pas dû prendre la place centrale, et façonner notre culture du leadership et, même involontairement, rendre le caractère du leader secondaire à sa capacité à produire des résultats impressionnants dans la mission et l’évangélisation.

L’idée de l’habilitation par l’Esprit s’est concentrée sur l’aptitude à obtenir un impact spirituel spectaculaire démontrant la puissance de l’Esprit dans la guérison, la prophétie, la prospérité et la croissance de l’église. […]

Au cours des trente dernières années, j’ai été impliqué dans l’accompagnement de leaders seniors pour l’église mondiale. La plupart venant d’églises évangéliques, de dénominations et d’organisations missionnaires qui connaissent une croissance importante.  Tous sont confrontés au même défi : aider les pasteurs et les dirigeants chrétiens à mener une vie sainte et humble.

Dr. Vinay Samuel

La vraie qualification d’un mentor est donc bien la vie sainte et pas un ministère spectaculaire.  

Peur de montrer sa faiblesse ?

Là encore nous pouvons nous référer à l’exemple de Paul :

J’ai reçu une écharde dans le corps, un ange de Satan pour me frapper et m’empêcher de m’enorgueillir. 8 Trois fois j’ai supplié le Seigneur de l’éloigner de moi, 9 et il m’a dit: «Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse.» Aussi, je me montrerai bien plus volontiers fier de mes faiblesses afin que la puissance de Christ repose sur moi.

2 Cor 7 : 9

J’imagine que nous sommes d’accord avec les propos de Paul. Mais nous avons des difficultés à admettre, et à nous présenter nous mêmes vulnérables. Est-ce un résultat de notre culture ? 

Esther Littlefield cite Brene Brown :

Nous devons avoir confiance pour être vulnérables, et nous devons être vulnérables afin d’établir la confiance. Brene Brown. Si vous essayez de diriger sans vulnérabilité, vous aurez beaucoup de mal à établir la confiance. Votre équipe a besoin de savoir qu’elle peut vous faire confiance. La vulnérabilité est nécessaire pour les nouvelles idées et le changement. Sans vulnérabilité, il n’y a pas de créativité ou d’innovation. Brene Brown.

Avez-vous déjà participé à une réunion où vous êtes censé réfléchir à des idées pour un nouveau projet… et puis vous lancez votre idée, et votre leader la rejette immédiatement ? Ce n’est pas agréable, et cela ne crée pas une atmosphère de vulnérabilité. Lorsque vous partagez une idée, cela demande de la vulnérabilité. Vous vous ouvrez à la critique.

Esther Littlefield.

Mentor ?

Pas besoin d’avoir un super ministère, d’avoir de multiples faits d’armes à raconter, d’avoir une formation poussée… Ce que recherchent ceux qui désire être accompagnés, c’est de voir comment Dieu, le Saint -Esprit oeuvrent dans votre vie. Ou ont oeuvré dans les moments difficiles, dans les temps d’épreuves, de désert. Paul raconte les expériences d’Israël

Voici ce que désirent les jeunes leaders*

En tant que leaders chrétiens émergents dans l’Église d’Amérique du Nord, nous voulons que vous sachiez que nous avons besoin de vous. Vous avez beaucoup à nous offrir, et sans vos conseils, votre partenariat et votre investissement, nous passerons à côté de tant de choses dont nous avons besoin. Si vous ne marchez pas encore avec les leaders de notre génération, cherchez autour de vous ceux qui ont moins de 40 ans et qui sont dans des lieux d’influence, et invitez-en quelques-uns dans une relation significative. Nous avons besoin de sagesse pour répondre à Dieu dans nos propres vies et dans les ministères qui nous sont confiés. Nous savons que la passion et les dons ne suffisent pas ; nous ne pouvons pas faire cela seuls. De même, nous espérons marcher avec ceux de la génération qui suit la nôtre.

Nous vous demandons d’envisager de développer intentionnellement des relations profondes avec cette nouvelle génération de leaders.

  • Écoutez-nous
  • Priez avec nous
  • Marchez avec nous
  • Partagez avec nous
  • Rêvez avec nous

Voulez-vous identifier et rassembler un groupe de ces jeunes leaders, et consacrer régulièrement votre temps à les encourager, les soutenir et cheminer avec eux ? L’avenir de l’Eglise et son impact sur le monde dépendent de ces relations personnelles et engagées entre votre génération et la nôtre, et la nôtre avec la suivante.

* Cet appel a été écrit en réponse à une consultation organisée par le Mouvement de Lausanne à Madison, WI, en juillet 2012, où 120 jeunes leaders chrétiens et 10 mentors de toute l’Amérique du Nord se sont réunis pour discuter d’un certain nombre de questions auxquelles l’Église est confrontée aujourd’hui.

Vous êtes leader spirituel ?

 Vous voyez des plus jeunes, homme ou femme, autour de vous qui ne demandent qu’à être accompagnés(es), encouragés(es) ? Il font appel à vous pour les accompagner ? N’hésitez pas, votre dépendance de Christ, votre faiblesse et votre vulnérabilité vous qualifient pour être un, une, mentor à l’image de Christ.  

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